PLATON - PREMIERE PERIODE
PLATON - PREMIERE PERIODE
Athéniens, je vous aime et vous honore ;
Mais je dois plutôt obéir aux dieux qu’à
vous :
- Tant que je respirerai et que j’en
serai capable, je ne cesserai jamais de me livrer à la philosophie, de faire
des exhortations et des remontrances à tous ceux que je rencontrerai, et de
leur tenir mon langage ordinaire :
- « O mon ami !
Toi qui est d’Athènes, c’est-à-dire d’une
ville si grande et si renommée pour sa sagesse et pour sa puissance, tu ne
rougis pas de chercher à amasser le plus possible, de la gloire, des honneurs ;
Mais la sagesse, la vérité, ton âme et les
moyens de la perfectionner le plus possible, ne t’occupes, ne t’inquiète guère
! »
Et je pense qu’il ne peut y avoir rien de
plus avantageux à la République que mon zèle à remplir les ordres de Dieux.
C’est pourquoi, mes juges, soyez pleins
d’espérance dans la mort, et pensez seulement à cette vérité :
- « Il n’y a pas de mal pour l’homme de
bien, ni pendant sa vie, ni après sa mort, et les dieux ne l’abandonne jamais.
Toutefois, mes juges, j’ai une prière à
vous faire :
- « Lorsque mes enfants seront devenus
grands, châtiez-les, en les affligeant comme je vous ai affligés, si vous les
voyez rechercher les richesses ou toute autre chose de préférence à la vertu,
et s’ils s’imaginent être quelque chose alors qu’ils ne sont rien ;
Et, si vous faites cela, nous n’aurons pas
à nous plaindre de votre justice.
Mais il est temps de nous quitter, moi
pour mourir, vous pour vivre.
Qui de nous a le meilleur partage ?
C’est là un mystère pour tout le monde.
Excepté pour Dieu !
Suis les conseils de celles qui-t-on
nourri ;
Et ne préfère ni tes enfants, ni ta vie,
ni quoi que ce soit à la justice, afin de pouvoir l’invoquer quand tu plaideras
ta cause devant les juges infernaux.
Car, ne t’y trompe pas, si tu accomplis le
projet que tu médites, tu ne rendras pas ta cause meilleure en ce monde ni pour
toi ni pour aucun des tiens ;
Elle ne sera ni plus juste ni plus sainte,
et dans l’autre monde elle ne le sera pas davantage.
En subissant ton arrêt, tu meurs victime
de l’injustice, non des lois, mais des hommes :
- Tandis que si tu t’échappes, si tu
n’as pas honte de rendre injustice pour injustice et mal pour mal, si tu violes
les traités et les engagements qui t’unissaient à nous ;
Si tu fais du mal à ceux qui devaient en
recevoir le moins, à toi-même et à tes amis, à ta patrie et à nous, nous te
poursuivrons de notre inimitié pendant ta vie ;
Et après ta mort, nos sœurs, les lois des
enfers, ne te feront pas un accueil favorable, sachant que tu as fait tous les
efforts qui dépendaient de toi pour nous renverser.
Ne suis donc pas les conseils de Criton,
mais les nôtres.
Criton, si tu crois avoir quelque
objection plus forte, parle.
Je n’ai rien à dire Socrate.
Laissons donc toute discussion, Criton, et
suivons la route que Dieu nous trace.
Zalmolxis, notre roi, qui est un dieu,
prétend que, s'il ne faut pas chercher à guérir les yeux sans la tête, ni la
tête sans le corps, il ne faut pas non plus traiter le corps sans l'âme, et que
c'est la raison pour laquelle les médecins grecs échouent dans la plupart des
maladies, parce qu'ils ignorent le tout dont il faut prendre soin, et que, le
tout n'étant pas en bon état, il est impossible que la partie se porte bien ;
Que l'âme est la source de tous les maux
et de tous les biens pour le corps aussi bien que pour l'homme entier, et
qu'ils en proviennent comme les yeux proviennent de la tête ;
Qu'il faut donc s'occuper d'abord et
surtout de cette partie, si l'on veut que la tête et le reste du corps se
portent bien.
Nous devons tous ensemble, mes amis,
rechercher le meilleur maître, et pour nous-mêmes, car nous en avons besoin, et
pour ces jeunes gens, et nous ne devons y épargner ni richesses ni rien autre
chose ;
Car, pour rester dans l'état où nous sommes,
je ne vous le conseille pas.
Et si quelqu'un se moque de nous parce
que, à notre âge, nous jugeons convenable de nous mettre entre les mains des
maîtres, nous devons nous défendre par ces paroles d'Homère :
- « La honte n'est pas bonne à celui qui est
dans l'indigence. »
Et, laissant de côté quiconque y
trouverait à redire, nous ferons bien, nous et ces enfants, de prendre soin de
nous-mêmes.
« Connais-toi toi-même, Rien de trop
« Marche dans des pensées de justice et ne
trompe pas tes amis »
Au moment de partir, je dis aux jeunes
gens :
- Lysis et Ménexène, nous nous sommes
rendus ridicules, aujourd'hui, vous et moi déjà vieux ;
Car ceux qui nous quittent vont dire que
nous nous regardons comme amis, et je me mets du nombre, sans avoir pu encore trouver
ce que c'est que l'ami.
Noble fils de Laërte, adroit Ulysse, il
faut que je te dise sans détour ce que je pense et ce que je veux faire ;
Car je hais autant que les portes de
l'enfer celui qui cache une chose dans son esprit tandis qu'il en dit une
autre.
Pour moi, je ne fais qu'errer
continuellement en tous sens sur ces objets, et je ne suis jamais constamment
du même avis.
Mes doutes, après tout, n'ont rien qui
doive surprendre, non plus que ceux de tout autre ignorant.
Mais si vous n'avez aucun point fixe vous
autre savants, il est bien triste pour nous de ne pouvoir être délivrés de
notre erreur, même en recourant à vous.
Ainsi, vois si tu aimes mieux passer dans
notre esprit pour un homme injuste ou pour un homme divin ?
- La différence est grande Socrate, et il
est bien plus beau de passer pour un être divin.
Nous t'accorderons par conséquent ce qui
te paraît le plus beau, Ion, de célébrer Homère par une inspiration divine, et
non en vertu de l'art.
Eh bien, sens-tu à quel danger tu vas
exposer ton âme ?
Par rapport aux autres talents, comme tu
l’as dit, si quelqu'un se donne pour bien jouer de la flûte, ou pour posséder
quelque autre art qu'il ne possède pas, on s'en moque ou l'on s'emporte contre
lui ;
Et ses proches s'avançant tâchent de lui
remettre la tête à l’endroit.
Mais pour ce qui est de la justice et des
autres vertus civiles, alors même que l'on sait qu'un homme est injuste, s'il
lui échappait de dire la vérité contre lui-même en présence de plusieurs
personnes, l'aveu de la vérité, qui, dans le cas précédent, aurait passé pour
sagesse, passerait ici pour folie ;
Et l'on tient que chacun doit se dire
juste, qu'il le soit ou non, sous peine d'être réputé insensé, s'il ne se donne
pas pour tel, parce que c'est une nécessité que tout homme, quel qu'il soit,
participe de quelque manière à la justice, ou qu'il ne soit pas compté parmi
les hommes.
Voilà ce que j'avais à dire pour expliquer
comment on a raison d'admettre tout le monde à donner son avis sur ce qui
concerne cette vertu,
Eh bien, pouvons-nous connaître l'art de
nous rendre meilleur nous-mêmes si nous ne savons pas ce que nous sommes
nous-mêmes ?
- Cela est impossible.
Mais est-ce une chose bien facile
que de se connaître soi-même, et est-ce un homme ordinaire qui écrivit ce précepte
sur la porte du temple de Delphes ;
Ou est-ce une chose difficile et peu
commune ?
Qu'elle soit facile ou non, toujours
est-il, que si nous la savons une fois, nous saurons bientôt quel soin nous
devons avoir de nous-mêmes ;
Et que, si nous ne la savons pas, nous n'y
parviendrons jamais.
- Sans contredit.
Courage donc !
Par quels moyens trouverons-nous
l'essence absolue des choses ?
Car, cette essence connue, nous trouverons
bientôt ce que nous sommes nous-même ;
Tandis que, faute de la connaître, nous ne
la trouverons jamais.
- Bien dit.
Suis-moi donc, par ZEUS !
Avec qui t'entretiens-tu présentement ?
N'est-ce pas avec moi ?
Et moi, n'est-ce pas avec toi ?
C'est Socrate qui parle ?
C’est Alcibiade qui écoute ?
N'est-ce pas avec la parole que
Socrate parle ?
Parler et se servir de la parole, l'appelles-tu
la même chose ?
Et celui qui se sert d'une chose
n'est-il pas différent de la chose dont il se sert ?
Un cordonnier, par exemple, se sert
de tranchets, d'alênes et d'autres instruments.
- Oui.
Le joueur de lyre n'est-il pas
différent de la lyre dont il joue ?
C'est ce que je te demandais tout à
l'heure, en te demandant si celui qui se sert d'une chose te paraît toujours différent
de la chose dont il se sert.
- Sans doute, il me paraît différent.
Mais le cordonnier et le joueur de
lyre se servent aussi de leurs yeux, et ils se servent aussi de leurs mains.
Et nous sommes tombés d'accord que
celui qui se sert d'une chose est différent de la chose dont il se sert ?
- Oui.
L'homme se sert-il de tout son corps
?
- Sans doute.
Or, si l'homme est différent du
corps qui est à lui, qu'est-ce donc que l'homme ?
- Je ne saurais le dire.
Tu pourrais au moins dire que
l'homme est ce qui se sert du corps ?
Or y-a-t-il autre chose que l’âme qui se
serve du corps ?
-Aucune autre.
C'est donc elle qui commande.
(C'est donc elle qui nous ordonne de nous
connaître nous-même ?) ?
C'est donc notre âme que nous
ordonne de connaître celui qui nous ordonne de nous connaître nous-même ?
- Il y a apparence.
Celui qui connaît son corps, connaît
ce qui est à lui, mais non ce qui est lui.
Ainsi, je le répète, quiconque prend soin
de son corps, prend soin de ce qui est à lui, mais non pas de lui-même.
- Tu m'as bien l'air d'avoir raison.
Tout homme qui aime les richesses
n'aime, ni lui ni ce qui est à lui ;
Mais une chose encore plus étrangère que
ce qui est à lui.
- C'est juste.
Celui qui t'aime, c'est celui qui
aime ton âme.
Voilà pourquoi celui qui aime ton corps se
retire en le voyant perdre sa fraîcheur.
Mais celui qui aime ton âme ne se retire
pas tant qu'elle aspire à la perfection.
- Il le semble au moins.
Mon cher Alcibiade,
l'âme aussi, pour se connaître, ne doit-elle pas regarder dans l'âme ;
Et dans cet endroit où réside la vertu de
l'âme, la sagesse, ou dans quelque autre chose à laquelle cette partie de l'âme
ressemble ?
Or, est-il dans l'âme rien de plus
divin que la partie où résident le savoir et la sagesse ?
Cette partie de l'âme est donc celle
qui ressemble à Dieu ;
Et c'est en y regardant et en y
contemplant tout ce qui est divin, dieu et la sagesse, que l’on pourra se
connaître soi-même parfaitement.
- Il y a apparence.
Se connaître soi-même, voilà la
sagesse !
- Sans doute.
Les Etats, Alcibiade, pour être heureux,
n'ont donc besoin ni de murailles, ni de trirèmes, ni de chantiers, ni
d'une population nombreuse, ni de puissance sans vertu.
- Non certainement.
Si tu veux faire prospérer la
république,
il faut que tu donnes de la vertu à tes
concitoyens.
Ce n'est donc pas le pouvoir et la liberté
de tout faire qu'il faut procurer à toi et à l'Etat, mais la justice et la
sagesse.
- Il paraît.
Car la république et toi, vous vous
rendrez agréables aux dieux, si vous agissez justement et sagement.
Et pour cela vous ne ferez rien sans regarder
dans la partie divine et brillante de votre âme.
Car c'est en y regardant que vous pourrez
vous voir vous-mêmes et reconnaître les biens qui vous appartiennent.
- Certainement Socrate.
Maintenant, sais-tu l'état où tu es
?
Es-tu dans l'état d'homme libre ou
d'esclave ?
Et sais-tu comment tu peux sortir de
l'état où tu es ?
Car je n'ose le nommer en parlant d'un
homme aussi distingué que toi.
- Et comment, Socrate ?
Si Dieu le veut.
«
Puissant ZEUS, donne-nous les biens, soit que nous Te les demandions, soit que
nous ne Te les demandions pas, et éloigne de nous les maux quand bien même nous
Te les demanderions ! »
Poète inconnu
Nous recommandons encore à l’État de se
charger de nos pères et de nos enfants, d’élever avec soin les uns, et de secourir
dignement les autres dans leur vieillesse ;
Mais nous savons à présent que nos prières
sont inutiles et qu’il en prendra soin d’une manière convenable. »
Parents et enfants de ce guerriers morts,
voilà ce qu’ils nous ont chargés
de vous annoncer, et je vous rapport leurs
paroles avec tout le zèle dont
je suis capable.
Moi-même, je vous en conjure en leur nom,
vous, d’imiter vos pères ;
Vous, d’être sans inquiétude sur votre
sort :
- « Parce que la générosité publique
et particulière vous assistera et prendra soin de vos vieux jours, et
n’abandonnera jamais aucun de vous.
Vous savez aussi jusqu’où l’État porte sa
sollicitude ;
Vous savez qu’il a fait une loi chargée de
pourvoir au sort des parents et des enfants de ceux qui sont morts dans les
combats, et que le premier de nos magistrats a reçu expressément l’ordre de
veiller à ce que leurs pères et leurs mères n’éprouvassent aucune injustice.
Quant à leurs enfants, il les élève
lui-même en commun et tâche, autant que possible, de leur faire oublier qu’ils
sont orphelins.
Tant qu’ils sont enfants, il leur tient
lieu de père ;
Et lorsqu’ils sont arrivés à l’âge
d’homme, il les renvoie dans leur famille avec une armure complète :
- Il veut, par le don des
instruments de la valeur paternelle, leur enseigner et rappeler les devoirs
d’un père, et en même temps que sa première entrée en armes dans les foyers
domestiques soit un présage de la vigueur avec laquelle il exercera son
autorité.
Pour les morts, il ne cesse jamais de les
honorer ;
Il leur rend à tous, chaque année,
publiquement, les mêmes honneurs que chaque famille en particulier rend à
chacun des siens.
En outre il a institué pour eux les jeux
gymniques et équestres, et des combats dans tous les beaux-arts ;
Enfin, prenant la place d’héritier et de
fils pour les morts, celle de père pour les enfants et de tuteur pour les
parents et les proches, il leur rend à tous et toujours tous les soins dont il
est capable.
C’est cette pensée qui doit adoucir vos
regrets ;
C’est de cette manière que vous serez plus
agréables aux morts et aux vivants, et qu’il sera facile à l’État de vous
prodiguer ses soins et à vous de les recevoir.
Maintenant que vous avez rendu aux morts
l’hommage du deuil public, vous et tous ceux qui sont ici présents, vous pouvez
vous retirer.
Tel est, Ménexène, le discours d’Aspasie
de Millet.
« Par Zeus !
Socrate, Aspasie est une femme bien
heureuse, si elle est capable de composer de pareils discours.