PLATON - TROISIEME PERIODE

 PLATON - TROISIEME PERIODE

 Est-ce une nécessité que la condition du bien soit parfaite ou ne le soit pas ?

 - Elle est la plus parfaite de toutes, Socrate.

Mais quoi, Protarque, le bien est-il suffisant par lui-même ?

 - Sans contredit, et c'est en cela que consiste sa différence d'avec tout le reste.

Ce qu'il me paraît le plus indispensable d'affirmer de lui, c'est que tout ce qui le connaît le recherche, le désire, s'efforce d'y atteindre et de le posséder, se mettant peu en peine de toutes les autres choses, hormis celles qui peuvent conduire à sa possession.

 - On ne peut point ne pas convenir de tout ceci.

Allons donc, examine le discours qui vient après celui-ci !

 - Tu n'as qu'à dire.

 Par rapport à la nature des corps de tous les animaux, nous voyons le feu, l'eau, l'air et la terre entrer dans leur composition.

Eh bien, forme-toi l'idée suivante au sujet de chacun des éléments dont nous sommes composés.

 - Quelle idée ?

Que nous n'en avons qu'une partie petite et méprisable de chacun, qu'elle n'est pure en aucune manière et dans aucun, et que la vertu qu'elle déploie en nous ne répond nullement à sa nature.

Par exemple, il y a du feu en nous ;

II y en a aussi dans l'univers.

Le feu que nous avons n'est-il pas en petite quantité, faible et méprisable, au lieu que celui qui est dans l'univers est admirable pour la quantité, la beauté et toute la vertu naturelle au feu ?

 - Ce que tu dis est très vrai.

Mais quoi !

Le feu de l'univers est-il formé, nourri, dominé par le feu qui est chez nous ;

Ou tout au contraire, mon feu, le tien, et celui de tous les animaux, ne tient-il pas tout ce qu'il est du feu de l'univers ?

 - Cette question n'a pas besoin de réponse.

Non assurément.

Mais sois attentif à ce qui va suivre.

N'est-ce pas à l'assemblage de tous les éléments dont je viens de parler que nous avons donné le nom de corps ?

 - Oui. '

Figure-toi donc qu'il en est ainsi de ce que nous appelons l'univers ;

Car étant composé des mêmes éléments, il est aussi un corps par la même raison.

 - Tu dis très bien.

Je te demande si notre corps est nourri par celui de l'univers, ou si celui-ci tire du nôtre sa nourriture, et s'il en a reçu et en reçoit ce qui entre, comme nous avons dit, dans sa composition.

Et ne dirons-nous pas que notre corps a une âme ?

Et d'où l'aurait-il prise, mon cher Protarque, si le corps de l'univers n'est pas lui-même animé et s'il n'a pas les mêmes choses que le nôtre, et de plus belles encore ?

 - Il est clair, Socrate, qu'il ne l’a point prise ailleurs.

 Il y a dans cet univers beaucoup d'infini et une quantité suffisante de fini auxquels préside une cause qui n'est point méprisable, arrangeant et ordonnant les années, les saisons et les mois et qui mérite à très juste titre le nom de sagesse et d'intelligence.

Mais il ne peut y voir de sagesse et d'intelligence là où il n'y a point d'âme.

 - Non certes.

Ainsi, tu assureras que dans la nature de ZEUS, en qualité de cause, il y a une âme royale, une intelligence royale ;

Et dans les autres d'autres belles qualités, telles que chacun a pour agréable qu’on lui attribue.

 

- Pour nous qui allons discourir sur l’univers, dire s’il a une origine ou s’il n’en a pas ;

A moins de nous égarer complétement, nous devons invoquer les dieux et les déesses et les prier de nous faire tenir des discours qui les satisfassent, eux avant tout, et conséquemment nous-mêmes.

Voilà, à mon avis, les distinctions qu’il faut faire d’abord :

 - « Qu’est-ce qui est toujours sans naître jamais,

Qu’est-ce qui naît toujours sans être jamais ?

L’un, est toujours le même ;

L’autre, naît et périt sans cesse,

Or tout ce qui naît à nécessairement une cause, puisqu’il est impossible que quelque chose naisse sans cause. »

 Il faut d’abord traiter la question par laquelle on doit commencer toute discussion, c’est-à-dire examiner si le monde a existé de tout temps et n’a point de commencement, où s’il est né  et a un commencement.

 Le monde est né ;

Car il est visible, tangible et corporel.

Or toutes ces qualités sont sensibles ;

Et tout ce qui est sensible, et perçu par les sens et devient l’objet d’une opinion est sujet à la naissance et à la génération.

 Nous disons encore que ce qui est né a eu nécessairement une cause ;

Quant à l’Auteur et au Père de l’univers, il est difficile de le découvrir, et, après l’avoir découvert, il est impossible de le faire connaitre à tout le monde.

Il faut conclure que le monde est un mirage, une magie, une image de l’immuable.

 Disons qu’elle raison a porté l’Auteur de toutes choses à produire et composer cet univers.

 - Il est bon, et chez celui qui est bon il n’y a jamais aucune envie d’aucune sorte.

Etranger à ce sentiment, Il a voulu que tout fût, autant que possible, semblable à Lui-même.

Dieu voulant que tout soit bon, et qu’il n’y ait rien de mauvais autant que cela est possible ;

Les prit du sein du désordre et les soumit à l’ordre, pensant que cela était préférable.

Or, le meilleur des êtres n’a pu et ne peut faire que la plus belle des œuvres.

En conséquence, il mit l’intelligence dans une âme, l’âme dans un corps, et organisa l’univers de manière à en faire un ouvrage qui fût, par sa nature même, d’une beauté et d’une bonté parfaite.

 Ainsi, il faut admettre que le monde est réellement devenu un animal doué d’une âme et d’une intelligence par la providence divine.

Pour que cet animal fut semblable par son unité à l’animal parfait, son auteur n’a fait ni deux mondes ni une infinité, mais il n’a produit que ce seul ciel, qui est et sera unique.

Il lui donna la forme qui convînt et fût appropriée à sa nature :

 - Or pour l’animal qui devait renfermer en lui-même tous les animaux la forme convenable devait être celle qui renferme en elle-même toutes les formes, et c’est pourquoi Il en a fait un sphéroïde dont les extrémités sont également éloignées du centre ;

Et Il lui a donné une forme arrondie parce que c’est la plus parfaite de toutes les formes et celle qui se ressemble le plus à elle-même, jugeant que le semblable était infiniment plus beau que le dissemblable.

 - Il n’avait pas besoin d’yeux, puisqu’il n’y avait rien à voir à l’extérieur, ni d’ouïe, puisqu’il n’y avait rien à entendre ;

Il n’y avait pas non plus d’air autour de lui qu’Il eût besoin de respirer ;

Il ne lui fallait de même aucun organe soit pour prendre de la nourriture, soit pour rejeter celle qu’il aurait digérée ;

Car il n’avait rien à approcher ni rien à éloigner de lui, puisqu’il n’y avait rien.

C’est que tout son art consiste à trouver sa nourriture dans ses propres destructions, à faire et à souffrir tout par lui-même et en lui-même, parce que Son auteur a pensé qu’il valait mieux qu’il se suffit à lui-même que d’avoir besoin de substances étrangères.

Il ne jugea pas non plus nécessaire de lui donner des mains, puisqu’il n’y avait rien à prendre ou à repousser ;

Il ne lui fit ni des pieds, ni aucun membre qui sert à marcher, puisqu’il lui donna un mouvement propre à son corps, c’est-à-dire celui qui, a le plus de rapport avec l’esprit et l’intelligence.

Aussi, le faisant tourner sur le même lieu et sur lui-même, il lui communiqua le mouvement de rotation, le priva des six autres, et l’empêcha d’errer dans leurs sens.

Telle est la manière dont le Dieu éternel conçut dans sa pensée le dieu qui devait naître un jour.

 Quant à l’âme, Dieu ne la fit pas la dernière ;

Car Il n’aurait pas souffert qu’en les unissant le plus jeune commandât au plus vieux.

Mais Dieu fit l’âme plus respectable que le corps, et par son âge et par sa vertu, comme étant sa maîtresse et fait pour lui commander, tandis qu’il ne devait qu’obéir.

 Les jours, les nuits, les mois et les années n’existèrent pas avant le ciel, et ce fut en le formant que Dieu leur donna naissance.

Ce sont des parties du temps ;

Et le passé, le futur, ce sont les formes du temps, que nous appliquons sans réflexion et sans fondement à l’Être éternel, en disant qu’Il a été, qu’Il est et qu’Il sera ;

Tandis que, selon la vérité, il faut seulement dire qu’Il est, le passé et le futur ne convenant qu’à ce qui naît dans le temps ;

Car ce sont là des mouvements :

 - Mais ce qui est toujours exempt de changement et de mouvement ne peut être soumis au temps ni devenir plus vieux ou plus jeune, de même qu’il ne peut ni être, ni avoir été, ni être un jour, ni avoir, en un mot, aucun de ces accidents que donne la génération aux choses sensibles ;

Puisque ce sont là des formes du temps,qui imite l’éternité et roule mesuré par le nombre.

 - « Dieux issus de Dieu, ouvrages dont Je suis l’Artisan et le Père, vous êtes indissolubles parce que vous avez été formés par moi et que Je le veux.

Tout ce qui a été composé peut être dissous, mais il est d’un méchant de vouloir détruire une œuvre belle et bonne.

Ainsi, puisque vous êtes nés, vous n’êtes point immortels ni entièrement exempt de dissolution ;

Mais vous ne serez pas dissous ni sujets à la mort, parce que ma volonté est un lien plus fort et plus puissant que ceux dont vous avez été unis au moment de votre naissance… »

 

- « Dieu est le maître de tout,

Et avec Dieu la fortune et l’occasion gouvernent toutes les affaires humaines.

Qu’il daigne écouter nos prières,

Et qu’il vienne, plein de bonté et de bienveillance,

Nous aider à établir nos villes et nos lois. »

 Citoyens, Dieu est le commencement, le milieu et la fin de tous les êtres ;

Il marche toujours en ligne droite, conformément à sa nature, en même temps qu’il embrasse le monde ;

La justice le suit, toujours prête à punir les infracteurs de la Loi Divine.

 - « Législateur, n’est-il pas vrai que si tu savais ce qu’il nous convient de dire et de faire, tu ne balancerais pas à nous le communiquer.

Quel langage ?

 - « Législateur, c’est un discours qui de tout temps a été dans la bouche des poètes, et sur lequel tout le monde est d’accord avec nous, que quand un homme est assis sur le trépied des Muses, il n’est plus maître de lui-même ;

Que, semblable à une fontaine, il laisse couler tout ce qui lui vient à l’esprit ;

Que son art n’étant qu’une imitation, lorsqu’il peint les hommes dans des situations opposées, il est souvent obligé de dire le contraire de ce qu’il a dit, sans savoir de quel côté est la vérité.

  - « Mais le législateur ne peut dans ses lois tenir deux langages différents sur la même chose ;

Il n’en doit avoir qu’un seul.

Autrement je ne crois pas qu’un tel précepte puisse être regardé comme une loi. »

 L’âme est après les dieux, ce que l’homme a de plus divin, et ce qui le touche de plus près.

Quiconque voudra un peu réfléchir trouvera que, dans l’ordre naturel, le corps mérite la troisième place.

 « La vérité est, pour les dieux comme pour les hommes, le premier de tous les biens.

Celui qui ne commet aucune injustice mérite qu’on l’honore ;

Qu’il y ait entre tous les citoyens un combat de vertu, mais sans jalousie.

Il faut savoir réunir beaucoup de douceur et une grande fermeté. »

 Après ce qui vient d’être dit, portons cette loi générale contre toute espèce de violence :

- « Que personne ne prenne ni n’emporte rien de ce qui est à autrui ;

Ne nous servons d’aucune chose appartenant aux voisins, sans leur consentement exprès :

- Car c’est de l’infraction de cette loi qu’ont pris, que prennent et que prendront naissance tous les maux dont nous avons parlé. »

 - « Mon fils, tu es jeune ;

Avec l’âge tu changeras de sentiment sur bien des choses, et tu en prendras de contraires à ceux où tu es aujourd’hui.

Attends jusqu’à ce moment pour prononcer sur l’objet le plus important de la vie.

Ce que tu regardes maintenant comme de nulle conséquence est en effet ce qu’il y a de plus intéressant pour l’homme, je veux dire d’avoir sur la divinité des idées justes, d’où dépend sa bonne ou sa mauvaise conduite.

Et d’abord, je ne crains point que l’on m’accuse de mensonge lorsque je te dirais à ce sujet une chose digne de remarque, qui est que ni toi ni tes amis vous n’êtes point les premiers à penser comme vous faites sur le compte des dieux, et que dans tous les temps il y a eu tantôt plus, tantôt moins de personnes attaquées par cette maladie.

Sur quoi je puis t’assurer, pour en avoir été témoin par rapport à plusieurs, qu’aucun de ceux qui, dans leur jeunesse, ont cru qu’il n’y avait point de dieux, n’a persisté jusqu’à la vieillesse dans ce sentiment ;

Qu’à l’égard des deux autres erreurs, à savoir, qu’il y a des dieux, mais qu’ils ne se mêlent point des affaires humaines ;

Ou qu’ils s’en mêlent, mais qu’il est aisé de les fléchir par des prières et des sacrifices, si quelques-uns y ont persévéré jusqu’à la fin, la plupart ne l’on pas fait.

Si donc tu me crois, tu suspendras ton jugement, examinant mûrement la chose, jusqu’à ce qu’il te paraisse avec évidence, si elle est telle que tu penses, ou autrement ;

Durant tout cet intervalle, ne sois pas assez hardi pour te livrer à tout sentiment impie touchant les dieux ;

Car il est du devoir du législateur d’essayer dès aujourd’hui et dans la suite de t’instruire sur ce qu’il y a de vrai à cet égard. »

 Quelle est maintenant la définition de ce que l’on appelle âme ?

En est-il une autre que celle que nous venons d’assigner, « Une substance qui a la faculté de se mouvoir elle-même » ?

L’âme est le plus ancien de tous les êtres, et le principe du mouvement.

L’âme imprime à tout l’univers le mouvement circulaire.

L’âme est le principe de la génération de toutes choses.

 Venons-en à celui qui, reconnaissant l’existence des dieux, s’imagine qu’ils ne prennent aucun intérêt à ce qui se passe ici-bas, et instruisons-le.

  - « Mon cher ami, lui dirons-nous, la persuasion où tu es que les dieux existent vient peut-être d’une certaine affinité divine entre leur nature et la tienne, qui te porte à les honorer et à les reconnaître.

Mais tu te jettes dans l’impiété, à la vue de la prospérité dont jouissent en public et en particulier des hommes injustes et méchants :

 - Prospérité qui n’a dans le fond rien de réel, mais qui passe pour telle, contre toute raison, dans l’esprit du vulgaire, et que les poètes et les autres écrivains ont célébrée à l’envie dans leurs ouvrages.

 Peut-être encore qu’ayant vu des impies parvenir heureusement au terme de la vieillesse, laissant après eux les enfants de leurs enfants dans les postes les plus honorables, cette vue a jeté le trouble dans ton âme.

Tu auras entendu parler, ou tu auras été spectateur d’un grand nombre d’actions impies et criminelles, qui ont servi à quelques-uns de degrés pour s’élever de la plus basse condition jusqu’aux plus hautes dignités, et même jusqu’à la tyrannie.

 Aucun dieu n’est négligeant par paresse et par indolence, puisqu’ils ne sont point susceptibles de lâcheté.

Celui qui prend soin de tout a pris des mesures efficaces pour maintenir l’univers dans son intégrité et sa perfection ;

Que chaque partie n’éprouve ou ne fait rien que ce qui lui revient de faire ou d’éprouver ;

Qu’il a commis des êtres pour veiller sur chaque individu, jusqu’à la moindre de ses actions ou affections ;

En sorte que la perfection de l’ouvrage est poussée jusqu’au dernier détail.

 Toi-même chétif mortel, tout petit que tu es, tu entres pour quelque chose dans l’ordre général, et tu t’y rapporte sans cesse.

Mais tu ne fais pas réflexion que toute génération particulière se fait en vue du Tout, afin qu’il vive d’une vie heureuse ;

Que rien ne se fait pour toi, mais que tu es fait toi-même pour l’univers ;

Que tout médecin, tout artisan habile, dirige toutes ces opérations vers un Tout, tendant au bien commun, et rapportant chaque partie au tout, et non le Tout à quelqu’une des parties.

Et tu murmures, parce que tu ignores ce qui est meilleur tout à la fois pour toi, et pour le tout, selon les lois de l’existence universelle.

 - Comment cela encore ?

 Le Roi du monde faisant réflexion que toutes nos opérations partent d’un principe animé, et qu’elles sont mélangées de vertu et de vice ;

Que l’âme, et le corps quoiqu’il ne soit point éternel, comme les dieux légitimes, ne doivent néanmoins jamais périr, car si le corps ou l’âme venaient à périr, l’espèce des animaux manquerait tout à fait ;

Et qu’il est dans la nature du bien, en tant qu’il vient de l’âme, d’être toujours utile, tandis que le mal est toujours nuisible :

  - Le Roi du monde, dis-je, voyant tout cela, a imaginé dans la distribution de chaque partie l’arrangement qu’il a jugé le plus facile et le meilleur, afin que le bien eût le dessus et le mal le dessous dans l’univers.

C’est par rapport à cette vue du tout qu’il a fait la combinaison générale des places et des lieux que chaque être doit prendre et occuper d’après ses qualités distinctives.

Mais il a laissé à la disposition de nos volontés les causes d’où dépendent les qualités de chacun de nous, car chaque être humain est d’ordinaire tel qu’il lui plaît d’être, suivant les inclinations auxquelles il se porte et le caractère de son âme.

 - Il y a apparence.

Ainsi tous les êtres animés sont sujets à divers changements dont le principe est au-dedans d’eux-mêmes, et en conséquence de ces changements, chacun se trouve dans l’ordre et à la place marqués par le destin.

Ceux dont les mœurs n’éprouvent que des changements légers éprouvent aussi des changements peu considérables et sont toujours sur une surface à peu près égale.

Pour ceux dont le caractère change davantage et devient plus méchant, ils sont précipités dans les profondeurs et dans ces demeures souterraines appelées du nom d’enfer et d’autres noms semblables ;

Sans cesse ils sont troublés par des frayeurs et des songes funestes pendant leur vie et après qu’ils sont séparés de leur corps.

Et lorsqu’une âme a fait des progrès marqués, soit dans le mal, soit dans le bien, par une volonté ferme et une conduite soutenue :

 - Si c’est dans le bien et qu’elle se soit attachée à la divine vertu jusqu’à devenir en quelque sorte divine comme elle, alors elle reçoit de grandes distinctions, et du lieu qu’elle occupait elle passe dans une autre demeure toute sainte et plus heureuse ;

Si elle a vécue dans le vice, elle va habiter une demeure conforme à son état.

- « Telle est, mon cher fils, qui te crois négligé des dieux,

La justice des habitants de l’Olympe. »

Si l’on se pervertit, on est transporté au séjour des âmes criminelles ;

Si l’on change de bien en mieux, on va se joindre aux âmes saintes ;

 - En un mot, dans la vie et dans toutes les morts que nous éprouvons successivement, les semblables vont à leurs semblables et en reçoivent tous les traitements qu’ils doivent naturellement en attendre.

 Et comment, jeune présomptueux, peux-tu te persuader que cette connaissance n’est pas nécessaire, puisque, faute de l’avoir, tu ne pourras jamais te former un plan de vie ni concevoir une idée juste de ce qui en fait le bonheur ou le malheur ?

Ce prélude fini, il est temps d’en venir à l’énoncé de la loi, en commençant par ordonner à tous les impies de renoncer à leur impiété, et de prendre des sentiments plus religieux.

 Les mettrons-nous donc, ces dieux qui veillent sur ce qu’il y a de plus beau dans la nature, et à la vigilance desquels rien n’est comparable, qui ne consentiraient jamais à trahir la justice en acceptant les coupables présents que les méchants leur offriraient dans cette vue, au-dessous des chiens et des hommes de médiocre vertu ?

 

Nous pouvons donc nous flatter d’avoir prouvé suffisamment les trois  points proposés, à savoir :

 - L’existence des dieux, leur providence et leur inflexible équité.

 - Oui, certes, et les preuves ont pour elles notre suffrage.

 

Voilà ce qui nous a fait parler, à notre âge, avec autant de feu que des  jeunes gens.

Pour peu que nous ayons réussi à persuader nos adversaires,  à leur inspirer de l’horreur pour eux-mêmes et du goût pour les vertus  contraires à leurs vices,  ce prélude de nos lois contre l’impiété aura été bien employé.

Nous avons tout lieu de l’espérer,

Et si cela n’arrive pas,

Du moins ce discours est de nature à ne point faire de déshonneur

au législateur.


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